Revista
2 de julio de 2020

Vers une tolérance pour l'art dans la ville ?

Jean Blaise, vous avez travaillé pendant des années aux côtés de Jean Marc Ayrault. Est-ce dire que l’art est politique ? 

Jean Blaise : L’art est politique, c’est certain, mais il a surtout un rôle politique quand il se donne pour objectif l’accessibilité au plus grand nombre. Toute ma vie professionnelle j'ai été animé par ce rôle politique. Lorsque l’on m'a confié la direction d'une scène nationale, la seule question qui selon moi méritait d'être posée était comment faire en sorte que l’art et la culture ne soient pas uniquement réservés à une élite ? Malheureusement, j'ai toujours trouvé que les scènes nationales ne répondaient pas suffisamment à cette question. Elles ont essayé à leurs débuts, avec des politiques d’ouverture en direction de certains publics - des comités d’entreprises, des associations, des écoles - mais c'était un pis-aller. Ces publics que nous rassemblions dans des salles étaient captifs, nous ne les retrouvions pas 10 ou 15 ans après.

Quand j'ai créé le Lieu Unique à Nantes avec mon équipe et Patrick Bouchain, dans l’ancienne usine Lu, je pensais pouvoir répondre à cette interrogation. Ce lieu, nous l’avons pensé comme un refuge pour que des publics variés puissent s’y retrouver tous les jours de l'année de 11h à 1h du matin. Ce n’était pas uniquement une salle de spectacle ou un lieu d'exposition, c’était aussi un restaurant, un bar, une librairie, une crèche, un hammam. Un véritable morceau de ville, et non plus un lieu à côté de la ville. Malgré le succès de ce lieu, nous avons dû nous rendre à l’évidence : les différents publics qui s’y rendaient ne se mélangeaient pas. Dans les salles de spectacles et d’expositions où se produisaient les artistes, nous avions toujours la même population, les mêmes CSP+... Évidemment il y avait des exceptions, des gens qui venaient pour prendre un verre et qui allaient jeter un oeil à l'exposition en cours, mais c'était de l'ordre du miracle; ça n'était ni une constante, ni une évidence. 

L’accessibilité de l’art et de la culture au plus grand nombre serait donc un mythe ? 

J. B. : En 2007, un tournant s’est opéré lorsque le Maire de Saint Nazaire m’a demandé d’imaginer un événement inédit pour montrer que Nantes et Saint Nazaire forment un territoire uni au delà des échanges économiques. Avec mes équipes, nous avons choisi de travailler sur l'estuaire qui relie les deux villes. Ce projet nous a amenés à collaborer avec de grands artistes internationaux : Daniel Buren, Tadashi Kawamata, Lilian Bourgeat ou encore Tatzu Nishi. 

C’est grâce à cette commande politique que j’ai découvert les vertus de l’espace public. Soudain, nous n’étions plus dans un lieu fermé réservé à la culture, nous devions nous confronter aux usagers, aux habitants, et à toutes les personnes qui allaient plus ou moins bien accepter les interventions artistiques que nous proposions. J’ai alors réalisé que pour aller au bout de ce principe d'accessibilité de l'art, cela ne pouvait se faire que dans l'espace public ! 

Comment procède t-on pour amener l’art dans l’espace public ? 

J. B. : Dans l’espace public, il est impossible de répliquer à l’identique ce que nous faisons dans nos lieux culturels. Dans ces derniers, si nous programmons des choses très spécifiques ou étranges, nous ne devons rendre des comptes à personne, puisque ces lieux sont faits pour ça. Mais dans l'espace public, nous sommes confrontés à tout un tas de personnes qui n’hésitent pas à vous dire que vous n'avez rien à faire là et que vous venez perturber leur vie. Et ils ont raison puisque dans un sens, en invitant des artistes à produire dans l’espace public, nous perturbons de fait ces territoires. Pour réaliser des oeuvres dans ces espaces, il faut donc sans cesse discuter, convaincre, négocier, revenir en arrière, repartir en avant, et cela en étant toujours en accord avec les artistes ! Et donc, il faut faire de la politique. 

Pour le projet Estuaire par exemple, le premier tracé imaginé par Tadashi Kawamata a dû être redessiné : il traversait un espace où des éleveurs faisaient paître leurs bêtes. Pour que cette oeuvre puisse aboutir, nous avons dû négocier avec la Ligue de protection des oiseaux, avec une association de chasseurs, avec les élus du territoire, etc. Est-ce que c'était collaboratif ?  Non ! En revanche c’était véritablement participatif. Nous avons demandé aux habitants non pas de créer avec nous, mais de comprendre la démarche, de la reconnaître et de nous donner des indications pour qu'elle puisse se réaliser. Finalement ce que nous recherchons, ce n’est pas un consensus, mais une tolérance. L'accord minimum qui fera que l’œuvre ne sera pas détruite. 

L'observatoire, Tadashi Kawamata

Ce processus de négociation est-il similaire pour les installations éphémères ? 

J. B. : Sur des œuvres éphémères vous pouvez faire tout ce que vous voulez, mais à la condition d’accepter la confrontation, la remise en cause et le débat, et de les accompagner d’un discours capable non pas de convaincre mais d’apaiser. Pendant les différentes éditions du Voyage à Nantes, nous accompagnions toujours les oeuvres éphémères de médiateurs pour qu’ils puissent répondre aux personnes qui peuvent dire des choses comme "Si c'est ça l'art, mon fils de 5 ans est un artiste”... Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs. C'est la moindre des choses que d'avoir cette attitude là : vis-à-vis de la population, des politiques, mais aussi des artistes. 

Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs.

L’art peut donc être à la fois une négociation politique, ainsi qu’une commande politique. Mais dès lors, comment en tant que directeur artistique, gardez-vous votre indépendance politique ?

J. B. : Cela suppose d’osciller entre force et complicité. Au début de ma carrière, je me suis baladé de lieux en lieux car mes rapports avec les politiques n’allaient jamais au delà de “tu me donnes ça et je te donne ça en retour”. C’est à partir du moment où Jean Marc Ayrault a été élu Maire de Nantes que je me suis installé et que j’ai commencé à penser à des actions de grande envergure. J’ai régulièrement dû discuter avec Jean Marc Ayrault pour qu'il accepte que des projets artistiques qu'il ne comprenait pas puissent voir le jour. Pendant toutes ces années, nous avons conservé une complicité mais n’avons jamais été en accord parfait. Aujourd’hui, cela fait 30 ans qu'ensemble nous essayons d'apporter des propositions et des solutions artistiques concrètes dans l’espace public. Grâce à l’intervention d’un artiste nous avons par exemple réussi à apaiser la circulation automobile du Boulevard Léon Bureau sans avoir à faire intervenir de gendarmes. C’est cette continuité dans le temps qui fait qu’à Nantes il y a maintenant un réflexe de la part du politique pour que cette créativité dans l'espace public soit acceptée et même demandée. On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

L’art peut transformer nos villes, produit-il d’autres effets politiques ? 

J. B. : L’art représente un fort levier d’attractivité pour les villes. A Nantes, les nombreuses interventions de designers et de graphistes ont donné à la ville une identité très particulière, à l’image de ce terrain de football courbe en plein centre ville, un peu bizarre, qui ne devrait pas exister, mais qui est pourtant bien là et est utilisé tout autant par des enfants que par des adultes. Quand un visiteur voit cela, il se dit, que cette ville existe, qu’elle ose et qu’elle est intelligente et donc il l’appréhende différemment. Cette attractivité est aussi déterminante pour légitimer nos actions auprès des habitants. Lors de la manifestation Un été au Havre en 2017, c’est à partir du moment où les havrais ont vu que des touristes venaient voir et approuvaient nos oeuvres qu’ils les ont acceptées dans le patrimoine de leur ville. 

Feydball, agence d’architectes Barré Lambot associée Guillaume Sevin, paysagiste

Néanmoins, pour que la population s’approprie ces espaces, il faut avant tout que les artistes interprètent la ville. Nous ne sommes pas dans l'art libre, nous ne demandons pas à l'artiste de venir s'exposer, mais bien de venir interpréter un morceau de territoire. Evidemment, il arrive des loupés, que ce que projettent les artistes ne soit pas juste. Il m’est ainsi arrivé de supprimer des installations qui devaient être pérennes et au contraire, de conserver des oeuvres qui devaient être éphémères. C’est le cas de l’oeuvre de Lang et Baumann sur la plage au Havre.

Pour que la population s’approprie ces espaces et qu’ils deviennent des morceaux de ville, Il faut avant tout que les artistes interprètent la ville.

Si l’art transforme la ville, peut-il aussi transformer les hommes ? 

J. B. : Quand l’art est puissant, alors il n'est ni consensuel, ni une source d’indifférence. Lorsque l’oeuvre éphémère de Leandro Erlich était visible sur la place du Bouffay à Nantes, j’ai observé toutes sortes de réactions chez les gens qui descendaient du tramway et qui se retrouvaient soudain face à cette oeuvre surréaliste. Des personnes qui s'étonnent et qui sont heureuses de s'étonner, d’autres qui essaient de trouver une réponse et de comprendre ce qui se passe en se rapprochant de leurs voisins. Des gens qui faisaient semblant de ne pas voir l'oeuvre, qui ne souhaitaient pas entrer dans ce processus. Par choix, ils se mettaient à l'écart de l’oeuvre, et c’est en ce sens que la question de l’accessibilité de l’art dans l’espace public diffère de celle que nous produisons dans nos lieux. Dans l’espace public, l’art est exposé à tous les individus qui passent devant.

A Nantes, après 30 ans d’interventions artistiques dans l’espace public, je crois que nous avons dépassé la question de son utilité, de sa fonction décorative ou esthétique, celle que soulève en premier un public non averti. Nous avons développé une tolérance à l’art.

Monte-meubles, l’ultime déménagement,
Leandro Erlich

Justement, dans un monde confiné et vécu à distance, l'art peut-il encore endosser ce rôle politique ?

J. B. : Au début du confinement, je pensais que cette contrainte à devoir rester chez soi favoriserait un retour sur soi et sur ce qu'on appelle communément “la vie intérieure”. J’en suis revenu. Beaucoup de gens m’ont dit n’avoir pas ouvert un livre durant cette période alors qu'habituellement ce sont de grands lecteurs. J’ai le sentiment que nous étions davantage en dehors du monde, en suspens, plutôt que de plain pieds. Sans la possibilité de la fuite, de l'aventure, de l'ailleurs, je crois que la création artistique est réduite à néant. On peut imaginer que Proust passait des mois entiers dans sa chambre à écrire A la recherche du temps perdu mais c’était en réalité après avoir fait beaucoup de mondanités. Donc oui, je pense que l'espace public est absolument essentiel pour la création artistique. Et grâce à cette période, nous avons compris que pour nourrir notre vie intérieure, nous ne pouvions pas nous passer de la vie extérieure.

____

Directeur artistique et culturel, Jean Blaise a pris la direction de divers centres culturels avant de s’allier à Jean Marc Ayrault en 1989 et de nouer une relation de confiance avec ce dernier sur plus de 30 ans. En 2000 il crée à Nantes le Lieu Unique, espace de 8000 m2 qui préfigure l'émergence de tiers-lieux. En 2007, il créé  la Biennale d’art contemporain Estuaire. En 2011 il est nommé directeur général du Voyage à Nantes. A côté de ces expériences nantaises, Jean Blaise fut aussi nommé directeur artistique de la première Nuit blanche à Paris par Bertrand Delanoë et nommé directeur artistique de la manifestation Un Été au Havre. 

____

Sur le même sujet : 

> Comment, avec les artistes, déverrouiller les imaginaires urbains et les espaces publics ?

> Comment renouveler l’expérience du vivre-ensemble grâce à la création artistique

> De nouvelles formes de collaboration entre le social et le culturel sont possibles et souhaitables - Un entretien avec Elefterios Kechagioglou


Un grand merci à Solène Manouvrier pour son aide dans l’édition de cet article

Vers une tolérance pour l'art dans la ville ?

por 
Clothilde Sauvages
Revista
June 30, 2020
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ENTRETIEN avec Jean Blaise. Un cynique verrait dans les grandes manifestations artistiques au mieux, des opérations de marketing territorial, au pire un moyen d’endormir le peuple par la distraction. L’art peut-il réellement avoir un rôle politique ? Eléments de réponse avec Jean Blaise, directeur général du Voyage à Nantes.

Jean Blaise, vous avez travaillé pendant des années aux côtés de Jean Marc Ayrault. Est-ce dire que l’art est politique ? 

Jean Blaise : L’art est politique, c’est certain, mais il a surtout un rôle politique quand il se donne pour objectif l’accessibilité au plus grand nombre. Toute ma vie professionnelle j'ai été animé par ce rôle politique. Lorsque l’on m'a confié la direction d'une scène nationale, la seule question qui selon moi méritait d'être posée était comment faire en sorte que l’art et la culture ne soient pas uniquement réservés à une élite ? Malheureusement, j'ai toujours trouvé que les scènes nationales ne répondaient pas suffisamment à cette question. Elles ont essayé à leurs débuts, avec des politiques d’ouverture en direction de certains publics - des comités d’entreprises, des associations, des écoles - mais c'était un pis-aller. Ces publics que nous rassemblions dans des salles étaient captifs, nous ne les retrouvions pas 10 ou 15 ans après.

Quand j'ai créé le Lieu Unique à Nantes avec mon équipe et Patrick Bouchain, dans l’ancienne usine Lu, je pensais pouvoir répondre à cette interrogation. Ce lieu, nous l’avons pensé comme un refuge pour que des publics variés puissent s’y retrouver tous les jours de l'année de 11h à 1h du matin. Ce n’était pas uniquement une salle de spectacle ou un lieu d'exposition, c’était aussi un restaurant, un bar, une librairie, une crèche, un hammam. Un véritable morceau de ville, et non plus un lieu à côté de la ville. Malgré le succès de ce lieu, nous avons dû nous rendre à l’évidence : les différents publics qui s’y rendaient ne se mélangeaient pas. Dans les salles de spectacles et d’expositions où se produisaient les artistes, nous avions toujours la même population, les mêmes CSP+... Évidemment il y avait des exceptions, des gens qui venaient pour prendre un verre et qui allaient jeter un oeil à l'exposition en cours, mais c'était de l'ordre du miracle; ça n'était ni une constante, ni une évidence. 

L’accessibilité de l’art et de la culture au plus grand nombre serait donc un mythe ? 

J. B. : En 2007, un tournant s’est opéré lorsque le Maire de Saint Nazaire m’a demandé d’imaginer un événement inédit pour montrer que Nantes et Saint Nazaire forment un territoire uni au delà des échanges économiques. Avec mes équipes, nous avons choisi de travailler sur l'estuaire qui relie les deux villes. Ce projet nous a amenés à collaborer avec de grands artistes internationaux : Daniel Buren, Tadashi Kawamata, Lilian Bourgeat ou encore Tatzu Nishi. 

C’est grâce à cette commande politique que j’ai découvert les vertus de l’espace public. Soudain, nous n’étions plus dans un lieu fermé réservé à la culture, nous devions nous confronter aux usagers, aux habitants, et à toutes les personnes qui allaient plus ou moins bien accepter les interventions artistiques que nous proposions. J’ai alors réalisé que pour aller au bout de ce principe d'accessibilité de l'art, cela ne pouvait se faire que dans l'espace public ! 

Comment procède t-on pour amener l’art dans l’espace public ? 

J. B. : Dans l’espace public, il est impossible de répliquer à l’identique ce que nous faisons dans nos lieux culturels. Dans ces derniers, si nous programmons des choses très spécifiques ou étranges, nous ne devons rendre des comptes à personne, puisque ces lieux sont faits pour ça. Mais dans l'espace public, nous sommes confrontés à tout un tas de personnes qui n’hésitent pas à vous dire que vous n'avez rien à faire là et que vous venez perturber leur vie. Et ils ont raison puisque dans un sens, en invitant des artistes à produire dans l’espace public, nous perturbons de fait ces territoires. Pour réaliser des oeuvres dans ces espaces, il faut donc sans cesse discuter, convaincre, négocier, revenir en arrière, repartir en avant, et cela en étant toujours en accord avec les artistes ! Et donc, il faut faire de la politique. 

Pour le projet Estuaire par exemple, le premier tracé imaginé par Tadashi Kawamata a dû être redessiné : il traversait un espace où des éleveurs faisaient paître leurs bêtes. Pour que cette oeuvre puisse aboutir, nous avons dû négocier avec la Ligue de protection des oiseaux, avec une association de chasseurs, avec les élus du territoire, etc. Est-ce que c'était collaboratif ?  Non ! En revanche c’était véritablement participatif. Nous avons demandé aux habitants non pas de créer avec nous, mais de comprendre la démarche, de la reconnaître et de nous donner des indications pour qu'elle puisse se réaliser. Finalement ce que nous recherchons, ce n’est pas un consensus, mais une tolérance. L'accord minimum qui fera que l’œuvre ne sera pas détruite. 

L'observatoire, Tadashi Kawamata

Ce processus de négociation est-il similaire pour les installations éphémères ? 

J. B. : Sur des œuvres éphémères vous pouvez faire tout ce que vous voulez, mais à la condition d’accepter la confrontation, la remise en cause et le débat, et de les accompagner d’un discours capable non pas de convaincre mais d’apaiser. Pendant les différentes éditions du Voyage à Nantes, nous accompagnions toujours les oeuvres éphémères de médiateurs pour qu’ils puissent répondre aux personnes qui peuvent dire des choses comme "Si c'est ça l'art, mon fils de 5 ans est un artiste”... Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs. C'est la moindre des choses que d'avoir cette attitude là : vis-à-vis de la population, des politiques, mais aussi des artistes. 

Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs.

L’art peut donc être à la fois une négociation politique, ainsi qu’une commande politique. Mais dès lors, comment en tant que directeur artistique, gardez-vous votre indépendance politique ?

J. B. : Cela suppose d’osciller entre force et complicité. Au début de ma carrière, je me suis baladé de lieux en lieux car mes rapports avec les politiques n’allaient jamais au delà de “tu me donnes ça et je te donne ça en retour”. C’est à partir du moment où Jean Marc Ayrault a été élu Maire de Nantes que je me suis installé et que j’ai commencé à penser à des actions de grande envergure. J’ai régulièrement dû discuter avec Jean Marc Ayrault pour qu'il accepte que des projets artistiques qu'il ne comprenait pas puissent voir le jour. Pendant toutes ces années, nous avons conservé une complicité mais n’avons jamais été en accord parfait. Aujourd’hui, cela fait 30 ans qu'ensemble nous essayons d'apporter des propositions et des solutions artistiques concrètes dans l’espace public. Grâce à l’intervention d’un artiste nous avons par exemple réussi à apaiser la circulation automobile du Boulevard Léon Bureau sans avoir à faire intervenir de gendarmes. C’est cette continuité dans le temps qui fait qu’à Nantes il y a maintenant un réflexe de la part du politique pour que cette créativité dans l'espace public soit acceptée et même demandée. On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

L’art peut transformer nos villes, produit-il d’autres effets politiques ? 

J. B. : L’art représente un fort levier d’attractivité pour les villes. A Nantes, les nombreuses interventions de designers et de graphistes ont donné à la ville une identité très particulière, à l’image de ce terrain de football courbe en plein centre ville, un peu bizarre, qui ne devrait pas exister, mais qui est pourtant bien là et est utilisé tout autant par des enfants que par des adultes. Quand un visiteur voit cela, il se dit, que cette ville existe, qu’elle ose et qu’elle est intelligente et donc il l’appréhende différemment. Cette attractivité est aussi déterminante pour légitimer nos actions auprès des habitants. Lors de la manifestation Un été au Havre en 2017, c’est à partir du moment où les havrais ont vu que des touristes venaient voir et approuvaient nos oeuvres qu’ils les ont acceptées dans le patrimoine de leur ville. 

Feydball, agence d’architectes Barré Lambot associée Guillaume Sevin, paysagiste

Néanmoins, pour que la population s’approprie ces espaces, il faut avant tout que les artistes interprètent la ville. Nous ne sommes pas dans l'art libre, nous ne demandons pas à l'artiste de venir s'exposer, mais bien de venir interpréter un morceau de territoire. Evidemment, il arrive des loupés, que ce que projettent les artistes ne soit pas juste. Il m’est ainsi arrivé de supprimer des installations qui devaient être pérennes et au contraire, de conserver des oeuvres qui devaient être éphémères. C’est le cas de l’oeuvre de Lang et Baumann sur la plage au Havre.

Pour que la population s’approprie ces espaces et qu’ils deviennent des morceaux de ville, Il faut avant tout que les artistes interprètent la ville.

Si l’art transforme la ville, peut-il aussi transformer les hommes ? 

J. B. : Quand l’art est puissant, alors il n'est ni consensuel, ni une source d’indifférence. Lorsque l’oeuvre éphémère de Leandro Erlich était visible sur la place du Bouffay à Nantes, j’ai observé toutes sortes de réactions chez les gens qui descendaient du tramway et qui se retrouvaient soudain face à cette oeuvre surréaliste. Des personnes qui s'étonnent et qui sont heureuses de s'étonner, d’autres qui essaient de trouver une réponse et de comprendre ce qui se passe en se rapprochant de leurs voisins. Des gens qui faisaient semblant de ne pas voir l'oeuvre, qui ne souhaitaient pas entrer dans ce processus. Par choix, ils se mettaient à l'écart de l’oeuvre, et c’est en ce sens que la question de l’accessibilité de l’art dans l’espace public diffère de celle que nous produisons dans nos lieux. Dans l’espace public, l’art est exposé à tous les individus qui passent devant.

A Nantes, après 30 ans d’interventions artistiques dans l’espace public, je crois que nous avons dépassé la question de son utilité, de sa fonction décorative ou esthétique, celle que soulève en premier un public non averti. Nous avons développé une tolérance à l’art.

Monte-meubles, l’ultime déménagement,
Leandro Erlich

Justement, dans un monde confiné et vécu à distance, l'art peut-il encore endosser ce rôle politique ?

J. B. : Au début du confinement, je pensais que cette contrainte à devoir rester chez soi favoriserait un retour sur soi et sur ce qu'on appelle communément “la vie intérieure”. J’en suis revenu. Beaucoup de gens m’ont dit n’avoir pas ouvert un livre durant cette période alors qu'habituellement ce sont de grands lecteurs. J’ai le sentiment que nous étions davantage en dehors du monde, en suspens, plutôt que de plain pieds. Sans la possibilité de la fuite, de l'aventure, de l'ailleurs, je crois que la création artistique est réduite à néant. On peut imaginer que Proust passait des mois entiers dans sa chambre à écrire A la recherche du temps perdu mais c’était en réalité après avoir fait beaucoup de mondanités. Donc oui, je pense que l'espace public est absolument essentiel pour la création artistique. Et grâce à cette période, nous avons compris que pour nourrir notre vie intérieure, nous ne pouvions pas nous passer de la vie extérieure.

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Directeur artistique et culturel, Jean Blaise a pris la direction de divers centres culturels avant de s’allier à Jean Marc Ayrault en 1989 et de nouer une relation de confiance avec ce dernier sur plus de 30 ans. En 2000 il crée à Nantes le Lieu Unique, espace de 8000 m2 qui préfigure l'émergence de tiers-lieux. En 2007, il créé  la Biennale d’art contemporain Estuaire. En 2011 il est nommé directeur général du Voyage à Nantes. A côté de ces expériences nantaises, Jean Blaise fut aussi nommé directeur artistique de la première Nuit blanche à Paris par Bertrand Delanoë et nommé directeur artistique de la manifestation Un Été au Havre. 

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Sur le même sujet : 

> Comment, avec les artistes, déverrouiller les imaginaires urbains et les espaces publics ?

> Comment renouveler l’expérience du vivre-ensemble grâce à la création artistique

> De nouvelles formes de collaboration entre le social et le culturel sont possibles et souhaitables - Un entretien avec Elefterios Kechagioglou


Un grand merci à Solène Manouvrier pour son aide dans l’édition de cet article

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Clothilde Sauvages
Magazine
June 30, 2020

Vers une tolérance pour l'art dans la ville ?

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Clothilde Sauvages
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ENTRETIEN avec Jean Blaise. Un cynique verrait dans les grandes manifestations artistiques au mieux, des opérations de marketing territorial, au pire un moyen d’endormir le peuple par la distraction. L’art peut-il réellement avoir un rôle politique ? Eléments de réponse avec Jean Blaise, directeur général du Voyage à Nantes.

Jean Blaise, vous avez travaillé pendant des années aux côtés de Jean Marc Ayrault. Est-ce dire que l’art est politique ? 

Jean Blaise : L’art est politique, c’est certain, mais il a surtout un rôle politique quand il se donne pour objectif l’accessibilité au plus grand nombre. Toute ma vie professionnelle j'ai été animé par ce rôle politique. Lorsque l’on m'a confié la direction d'une scène nationale, la seule question qui selon moi méritait d'être posée était comment faire en sorte que l’art et la culture ne soient pas uniquement réservés à une élite ? Malheureusement, j'ai toujours trouvé que les scènes nationales ne répondaient pas suffisamment à cette question. Elles ont essayé à leurs débuts, avec des politiques d’ouverture en direction de certains publics - des comités d’entreprises, des associations, des écoles - mais c'était un pis-aller. Ces publics que nous rassemblions dans des salles étaient captifs, nous ne les retrouvions pas 10 ou 15 ans après.

Quand j'ai créé le Lieu Unique à Nantes avec mon équipe et Patrick Bouchain, dans l’ancienne usine Lu, je pensais pouvoir répondre à cette interrogation. Ce lieu, nous l’avons pensé comme un refuge pour que des publics variés puissent s’y retrouver tous les jours de l'année de 11h à 1h du matin. Ce n’était pas uniquement une salle de spectacle ou un lieu d'exposition, c’était aussi un restaurant, un bar, une librairie, une crèche, un hammam. Un véritable morceau de ville, et non plus un lieu à côté de la ville. Malgré le succès de ce lieu, nous avons dû nous rendre à l’évidence : les différents publics qui s’y rendaient ne se mélangeaient pas. Dans les salles de spectacles et d’expositions où se produisaient les artistes, nous avions toujours la même population, les mêmes CSP+... Évidemment il y avait des exceptions, des gens qui venaient pour prendre un verre et qui allaient jeter un oeil à l'exposition en cours, mais c'était de l'ordre du miracle; ça n'était ni une constante, ni une évidence. 

L’accessibilité de l’art et de la culture au plus grand nombre serait donc un mythe ? 

J. B. : En 2007, un tournant s’est opéré lorsque le Maire de Saint Nazaire m’a demandé d’imaginer un événement inédit pour montrer que Nantes et Saint Nazaire forment un territoire uni au delà des échanges économiques. Avec mes équipes, nous avons choisi de travailler sur l'estuaire qui relie les deux villes. Ce projet nous a amenés à collaborer avec de grands artistes internationaux : Daniel Buren, Tadashi Kawamata, Lilian Bourgeat ou encore Tatzu Nishi. 

C’est grâce à cette commande politique que j’ai découvert les vertus de l’espace public. Soudain, nous n’étions plus dans un lieu fermé réservé à la culture, nous devions nous confronter aux usagers, aux habitants, et à toutes les personnes qui allaient plus ou moins bien accepter les interventions artistiques que nous proposions. J’ai alors réalisé que pour aller au bout de ce principe d'accessibilité de l'art, cela ne pouvait se faire que dans l'espace public ! 

Comment procède t-on pour amener l’art dans l’espace public ? 

J. B. : Dans l’espace public, il est impossible de répliquer à l’identique ce que nous faisons dans nos lieux culturels. Dans ces derniers, si nous programmons des choses très spécifiques ou étranges, nous ne devons rendre des comptes à personne, puisque ces lieux sont faits pour ça. Mais dans l'espace public, nous sommes confrontés à tout un tas de personnes qui n’hésitent pas à vous dire que vous n'avez rien à faire là et que vous venez perturber leur vie. Et ils ont raison puisque dans un sens, en invitant des artistes à produire dans l’espace public, nous perturbons de fait ces territoires. Pour réaliser des oeuvres dans ces espaces, il faut donc sans cesse discuter, convaincre, négocier, revenir en arrière, repartir en avant, et cela en étant toujours en accord avec les artistes ! Et donc, il faut faire de la politique. 

Pour le projet Estuaire par exemple, le premier tracé imaginé par Tadashi Kawamata a dû être redessiné : il traversait un espace où des éleveurs faisaient paître leurs bêtes. Pour que cette oeuvre puisse aboutir, nous avons dû négocier avec la Ligue de protection des oiseaux, avec une association de chasseurs, avec les élus du territoire, etc. Est-ce que c'était collaboratif ?  Non ! En revanche c’était véritablement participatif. Nous avons demandé aux habitants non pas de créer avec nous, mais de comprendre la démarche, de la reconnaître et de nous donner des indications pour qu'elle puisse se réaliser. Finalement ce que nous recherchons, ce n’est pas un consensus, mais une tolérance. L'accord minimum qui fera que l’œuvre ne sera pas détruite. 

L'observatoire, Tadashi Kawamata

Ce processus de négociation est-il similaire pour les installations éphémères ? 

J. B. : Sur des œuvres éphémères vous pouvez faire tout ce que vous voulez, mais à la condition d’accepter la confrontation, la remise en cause et le débat, et de les accompagner d’un discours capable non pas de convaincre mais d’apaiser. Pendant les différentes éditions du Voyage à Nantes, nous accompagnions toujours les oeuvres éphémères de médiateurs pour qu’ils puissent répondre aux personnes qui peuvent dire des choses comme "Si c'est ça l'art, mon fils de 5 ans est un artiste”... Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs. C'est la moindre des choses que d'avoir cette attitude là : vis-à-vis de la population, des politiques, mais aussi des artistes. 

Il est important de parler avec ces personnes, de leur expliquer ce que l’artiste a voulu signifier et que le sens a y trouver, c’est surtout à eux de le donner. In fine, nous ne sommes rien d'autres que des médiateurs.

L’art peut donc être à la fois une négociation politique, ainsi qu’une commande politique. Mais dès lors, comment en tant que directeur artistique, gardez-vous votre indépendance politique ?

J. B. : Cela suppose d’osciller entre force et complicité. Au début de ma carrière, je me suis baladé de lieux en lieux car mes rapports avec les politiques n’allaient jamais au delà de “tu me donnes ça et je te donne ça en retour”. C’est à partir du moment où Jean Marc Ayrault a été élu Maire de Nantes que je me suis installé et que j’ai commencé à penser à des actions de grande envergure. J’ai régulièrement dû discuter avec Jean Marc Ayrault pour qu'il accepte que des projets artistiques qu'il ne comprenait pas puissent voir le jour. Pendant toutes ces années, nous avons conservé une complicité mais n’avons jamais été en accord parfait. Aujourd’hui, cela fait 30 ans qu'ensemble nous essayons d'apporter des propositions et des solutions artistiques concrètes dans l’espace public. Grâce à l’intervention d’un artiste nous avons par exemple réussi à apaiser la circulation automobile du Boulevard Léon Bureau sans avoir à faire intervenir de gendarmes. C’est cette continuité dans le temps qui fait qu’à Nantes il y a maintenant un réflexe de la part du politique pour que cette créativité dans l'espace public soit acceptée et même demandée. On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

On a réussi à faire que chaque fois que la ville se transforme et s'aménage, une part de créativité s'immisce dans ces transformations.

L’art peut transformer nos villes, produit-il d’autres effets politiques ? 

J. B. : L’art représente un fort levier d’attractivité pour les villes. A Nantes, les nombreuses interventions de designers et de graphistes ont donné à la ville une identité très particulière, à l’image de ce terrain de football courbe en plein centre ville, un peu bizarre, qui ne devrait pas exister, mais qui est pourtant bien là et est utilisé tout autant par des enfants que par des adultes. Quand un visiteur voit cela, il se dit, que cette ville existe, qu’elle ose et qu’elle est intelligente et donc il l’appréhende différemment. Cette attractivité est aussi déterminante pour légitimer nos actions auprès des habitants. Lors de la manifestation Un été au Havre en 2017, c’est à partir du moment où les havrais ont vu que des touristes venaient voir et approuvaient nos oeuvres qu’ils les ont acceptées dans le patrimoine de leur ville. 

Feydball, agence d’architectes Barré Lambot associée Guillaume Sevin, paysagiste

Néanmoins, pour que la population s’approprie ces espaces, il faut avant tout que les artistes interprètent la ville. Nous ne sommes pas dans l'art libre, nous ne demandons pas à l'artiste de venir s'exposer, mais bien de venir interpréter un morceau de territoire. Evidemment, il arrive des loupés, que ce que projettent les artistes ne soit pas juste. Il m’est ainsi arrivé de supprimer des installations qui devaient être pérennes et au contraire, de conserver des oeuvres qui devaient être éphémères. C’est le cas de l’oeuvre de Lang et Baumann sur la plage au Havre.

Pour que la population s’approprie ces espaces et qu’ils deviennent des morceaux de ville, Il faut avant tout que les artistes interprètent la ville.

Si l’art transforme la ville, peut-il aussi transformer les hommes ? 

J. B. : Quand l’art est puissant, alors il n'est ni consensuel, ni une source d’indifférence. Lorsque l’oeuvre éphémère de Leandro Erlich était visible sur la place du Bouffay à Nantes, j’ai observé toutes sortes de réactions chez les gens qui descendaient du tramway et qui se retrouvaient soudain face à cette oeuvre surréaliste. Des personnes qui s'étonnent et qui sont heureuses de s'étonner, d’autres qui essaient de trouver une réponse et de comprendre ce qui se passe en se rapprochant de leurs voisins. Des gens qui faisaient semblant de ne pas voir l'oeuvre, qui ne souhaitaient pas entrer dans ce processus. Par choix, ils se mettaient à l'écart de l’oeuvre, et c’est en ce sens que la question de l’accessibilité de l’art dans l’espace public diffère de celle que nous produisons dans nos lieux. Dans l’espace public, l’art est exposé à tous les individus qui passent devant.

A Nantes, après 30 ans d’interventions artistiques dans l’espace public, je crois que nous avons dépassé la question de son utilité, de sa fonction décorative ou esthétique, celle que soulève en premier un public non averti. Nous avons développé une tolérance à l’art.

Monte-meubles, l’ultime déménagement,
Leandro Erlich

Justement, dans un monde confiné et vécu à distance, l'art peut-il encore endosser ce rôle politique ?

J. B. : Au début du confinement, je pensais que cette contrainte à devoir rester chez soi favoriserait un retour sur soi et sur ce qu'on appelle communément “la vie intérieure”. J’en suis revenu. Beaucoup de gens m’ont dit n’avoir pas ouvert un livre durant cette période alors qu'habituellement ce sont de grands lecteurs. J’ai le sentiment que nous étions davantage en dehors du monde, en suspens, plutôt que de plain pieds. Sans la possibilité de la fuite, de l'aventure, de l'ailleurs, je crois que la création artistique est réduite à néant. On peut imaginer que Proust passait des mois entiers dans sa chambre à écrire A la recherche du temps perdu mais c’était en réalité après avoir fait beaucoup de mondanités. Donc oui, je pense que l'espace public est absolument essentiel pour la création artistique. Et grâce à cette période, nous avons compris que pour nourrir notre vie intérieure, nous ne pouvions pas nous passer de la vie extérieure.

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Directeur artistique et culturel, Jean Blaise a pris la direction de divers centres culturels avant de s’allier à Jean Marc Ayrault en 1989 et de nouer une relation de confiance avec ce dernier sur plus de 30 ans. En 2000 il crée à Nantes le Lieu Unique, espace de 8000 m2 qui préfigure l'émergence de tiers-lieux. En 2007, il créé  la Biennale d’art contemporain Estuaire. En 2011 il est nommé directeur général du Voyage à Nantes. A côté de ces expériences nantaises, Jean Blaise fut aussi nommé directeur artistique de la première Nuit blanche à Paris par Bertrand Delanoë et nommé directeur artistique de la manifestation Un Été au Havre. 

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Un grand merci à Solène Manouvrier pour son aide dans l’édition de cet article

by 
Clothilde Sauvages
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